Les conséquences de la crise du Covid-19 sur les enfants

Publié le : 19-05-2020

I - La violence domestique

Derrière la crise sanitaire actuelle se cachent bien d’autres crises auxquelles les enfants paient un lourd tribut et qui les privent de leurs droits fondamentaux. Nous souhaitons nous pencher sur celles-ci en commençant par la violence domestique, triste réalité en temps normal, mais qui augmente dangereusement aujourd’hui. Nous devons à tout prix protéger les enfants de cette violence qui a des répercussions profondes, parfois irrémédiables, sur leur développement et leur avenir. SOS Villages d’Enfants dont le cœur de métier est la protection de l’enfant et le respect de ses droits, est mobilisée. Aux quatre coins du monde, ses nombreux spécialistes en santé mentale, psychologues, personnels soignants et travailleurs sociaux y veillent au quotidien.

En temps de crise, les enfants sont davantage exposés à la violence sous toutes ses formes, violence physique, agression psychologique, maltraitance, abus, exploitation, négligence. A l’heure du Covid-19, la situation est particulièrement préoccupante. Si les mesures de quarantaine et de confinement, les fermetures des écoles et lieux publics, les restrictions de mouvements sont nécessaires pour empêcher la propagation du virus, elles peuvent aussi avoir de graves effets collatéraux sur les enfants dont la vie est bouleversée. Ceux qui vivent dans des familles à risque, violentes ou dysfonctionnelles, y sont d’autant plus exposés.

Partout dans le monde, des parents perdent emplois et revenus, protection sociale et couverture médicale, ils se retrouvent sous pression, isolés, privés de contacts sociaux et dans une immense incertitude quant à l’avenir. Autant de facteurs qui décuplent stress, anxiété et angoisse qui peuvent à leur tour générer des débordements en tous genres, des gestes irrationnels et des actes violents entre adultes mais aussi des parents envers les enfants. Teresa Ngigi, spécialiste en santé mentale pour SOS Villages d’Enfants et auteure d’ouvrages sur les traumatismes de l’enfance, expliquait récemment : « Des hauts niveaux de stress dans la famille posent des problèmes dans la cellule familiale. Lorsque les gens sont stressés, leur cerveau passe en mode combat ou fuite, ce qui fait que toutes les autres facultés sont suspendues parce que le cerveau doit faire face à l’urgence. Cela peut conduire à une prise de décision irrationnelle, à un haut niveau de réactivité et à des émotions incontrôlées. Par conséquent, cela peut entraîner des violences au sein du foyer ».

La proximité, voire la promiscuité, augmente ces risques de violence à la maison. Selon Teresa Ngigi, « être confiné peut être risqué pour les familles vulnérables. Le risque de ne pas avoir de soutien externe pourrait conduire à des cas de maltraitance sur des enfants car personne n’est témoin et tout signalement devient difficile alors que l’agresseur est constamment présent ». Il est de ce fait essentiel de renforcer la protection des enfants alors que bon nombre de services de protection sont contraints de limiter leurs activités directes. D’où l’importance de développer au plus vite ces services pour les familles à risque incluant des visites d’infirmières et de travailleurs sociaux, de mettre en place une assistance téléphonique, d’accroître des services spécialisés, de multiplier les campagnes de sensibilisation pour prévenir la violence familiale et repérer les signes d’alerte précoces.

© Photo: Alejandra Kaiser