« Je m’inquiète pour les autres, pas pour moi »

Publié le : 30-04-2020

Face à la crise de Covid-19, dès le 24 mars la Colombie fermait ses frontières et imposait le confinement total. Un mois plus tard, les effets de la crise gagnent du terrain et génèrent des tensions sociales. La situation des migrants vénézuéliens est particulièrement préoccupante.

Etudiante dans la région de Santander, Beatriz a rejoint en tant que volontaire le programme d’aide d’urgence mis en place en 2018 par SOS Villages d’Enfants Colombie pour accompagner des enfants et des familles en provenance du Venezuela et renforcer la cohésion sociale entre communautés migrantes et communautés d’accueil. A l’heure de la crise du Covid-19 et du confinement, elle partage avec nous son quotidien, ses petits moments de réconfort mais aussi son inquiétude grandissante pour ces familles migrantes très vulnérables et surtout pour leurs enfants.  

« Je m’appelle Beatriz, j’ai 23 ans et je vis dans la communauté de jeunes SOS dans la ville de Floridablanca en Colombie.

Depuis le mois dernier, le pays est confiné. Au début, c’était difficile car nous vivons à sept dans une maison. J’étais stressée mais heureusement nous avons un joli jardin dans le Village d’Enfants SOS, je peux m’y installer et respirer. Un garçon qui vit avec nous et étudie l’éducation physique à l’Université, organise chaque jour des séances d’entraînement dans les parties communes du village, ce qui m’aide beaucoup. Et à la maison, pendant notre temps libre, nous cuisinons ensemble, faisons des jeux de société et regardons des films. Mais nous avons tous aussi des moments où nous voulons rester seuls. Je dois être patiente et ne pas désespérer, la situation touche chacun d’entre nous.

Je suis en formation initiale à l’université et je finirai en septembre. Le professeur nous envoie des devoirs avec des échéances chaque semaine. Par ailleurs, je suis volontaire dans le programme d’aide d’urgence de SOS dans le cadre duquel j’organise des activités pour les migrants vénézuéliens qui vivent dans un abri temporaire. Il est désormais fermé en raison de la quarantaine. Récemment, j’ai commencé un stage à temps partiel en tant que professeure assistante dans le foyer de jour SOS qui accueille des enfants vénézuéliens vivant dans la ville. Maintenant avec le confinement, je dois appeler 14 familles deux fois par semaine pour leur donner des informations et leur proposer des activités pour les enfants.

Je m’inquiète pour les autres, pas pour moi. Je vais bien, je suis dans ma maison où je me sens en sécurité, j’ai tout ce qu’il me faut et je ne peux pas me plaindre. Mais je me fais du souci pour les autres. La plupart de ces familles luttent chaque jour pour leur survie, elles sont dans une impasse économique totale. Je m’inquiète pour elles et pour les enfants avec lesquels je travaille tous les jours ».


Images par Jakob Fuhr