A l’heure du confinement, la vie dans le Village SOS de Vicenza

Publié le : 20-03-2020

A l’heure du confinement, la vie dans le Village SOS de Vicenza


La propagation du coronavirus continue ses ravages. Aux quatre coins du monde, les nouvelles n’incitent guère à l’optimisme. Pourtant, une nouvelle, en provenance de Chine, est plutôt rassurante : pour la première fois depuis le début de l’épidémie, depuis deux jours aucune contamination d’origine locale n’a été enregistrée dans le pays. Comme quoi les mesures sont payantes ! En Europe, les strictes mesures de confinement commencent à être appliquées, c’est une nécessité vitale de les respecter !

Avec plus de 3.400 morts, l’Italie est désormais le pays le plus touché au monde. L’urgence est là et on sait déjà que le confinement sera prolongé. Chaque jour pourtant des images bienveillantes de solidarité nous parviennent de ce pays où sur leurs balcons les Italiens se retrouvent le soir pour chanter… Au Village SOS de Vicenza, les jeunes viennent eux d’adresser une lettre solidaire à leurs voisins et les invitent à les retrouver virtuellement : « Nous sommes là, et vous ? ».

Suite à notre appel à la solidarité pour SOS Villages d’Enfants Italie, nous partageons aujourd’hui avec vous une interview de Marta Trecco, directrice du Village SOS de Vicenza qui accueille 62 enfants, 5 adolescents et 10 mères à travers le programme mère & enfant.

Quelle est la situation actuelle dans le Village SOS ?


Elle est complexe et elle se complique. Ce n’est plus possible de vivre dans l’esprit d’un Village SOS : faire partie d’une grande famille unie qui partage les moments importants de la journée. L’urgence nous oblige à rester à la maison, chacun dans sa maison familiale, et d’éviter tout contact avec les autres résidents de notre communauté. Cela n’est jamais arrivé depuis la création du Village SOS en 1981. Cela a été difficile pour moi d’expliquer la situation aux enfants, surtout qu’il y a des frères et sœurs dans différentes maisons, ils ne peuvent plus se voir. Mais les jeunes ont montré un engagement impressionnant. On leur a montré les règles à respecter. Pour les plus petits qui n’ont pas la même perception du temps, nous avons utilisé une méthode simple pour expliquer la durée du lavage des mains : le temps d’un « Happy birthday » que chacun doit se chanter à soi-même et très lentement. Ceux qui s’occupent des jeunes portent des masques quand ils sont près d’eux que ce soit pour regarder la télé, jouer ou faire les cours en ligne. Et comme les jeunes ne peuvent ni aller à l’école ni faire des activités extrascolaires, nous organisons des activités dans chaque maison : on implique, par exemple, les enfants dans la réalisation de petites recettes… nous devenons même bons dans la préparation des gâteaux et des boulettes ! Avant le durcissement des restrictions, nous avons mis en place des activités axées sur l’égalité des genres et sur l’énergie verte.

Comment les enfants vivent ce moment ?


Les enfants et les adolescents se sentent en sécurité grâce au grand travail de sensibilisation des éducateurs. De temps en temps, ils expriment leurs frustrations de devoir rester à la maison sans voir leurs amis, ils protestent, mais nous leur faisons comprendre l’importance de suivre scrupuleusement les règles. Il y a des différences selon l’âge : c’est plus compliqué pour les plus petits de comprendre et d’accepter la situation. D’autres ressentent la peur des parents, ils s’inquiètent d’ailleurs plus pour ceux-ci que pour eux-mêmes. Mais en général, ils se sentent en sécurité au point que certains voudraient amener leurs parents biologiques dans le Village SOS pour les protéger. En tout cas, la routine quotidienne leur manque beaucoup. C’est paradoxal, ils disent maintenant « je veux aller à l’école », ils ne l’avaient jamais fait avant. Amis et professeurs leur manquent. Récemment, le parc adjacent au Village SOS a été fermé au public et désormais nos jeunes ne peuvent y aller que par alternance.


De quoi avez-vous le plus besoin ?


Nous devons faire de grands efforts pour assurer la présence continue des travailleurs sociaux. Si l’un d’entre eux tombe malade, nous ne pouvons pas le remplacer, le travail incombe à un autre, ce qui veut dire une charge de travail supplémentaire. Le reste de l’équipe fait du télétravail. Nous avons d’urgence besoin de matériel de désinfection comme du gel pour les mains et des produits pour les surfaces et les masques manquent. En cette situation d’urgence, nous devons tout avoir pour protéger la santé des enfants, des adolescents et de toute l’équipe. Des ordinateurs sont nécessaires pour donner à chacun la possibilité de suivre les cours à distance. Presque toutes les écoles se sont dotées d’e-Learning mais quand six enfants d’une même maison ont un cours en face-à-face, un seul ordinateur n’est pas suffisant. Enfin, nous avons besoin de matériel pour organiser workshops et activités créatives.