Irak : maîtriser la peur

Publié le : 07-11-2019

Terreur, violence et difficultés de l'évasion : de nombreux enfants vivant dans les camps de réfugiés du nord de l'Irak ont vécu des expériences traumatisantes. Le personnel SOS met en pratique des techniques avec les enfants pour qu'ils puissent s'aider eux-mêmes lorsque ces souvenirs terribles les rattrapent.
 
Delal* ferme les yeux et imagine qu'elle est assise avec sa famille dans un jardin rempli de roses colorées. Ce jardin est son lieu de sécurité. Delal "se rend" toujours dans ce lieu imaginaire lorsque surgissent les souvenirs de son évasion, le jour où sa famille a fui l’Etat Islamique alors qu’il attaquait son village situé dans les montagnes de Sinja, dans le nord-ouest de l'Irak.
 
Attaqués dans les montagnes
 
Pendant sept jours, elle a traversé les montagnes à pied avec 20 autres membres de sa famille, sans nourriture, seulement ce qu'ils portaient dans leurs bagages. Le soleil brûlait sans relâche sur les fugitifs. À des températures allant jusqu'à 50° C, ils n’avaient qu'une seule bouteille d'eau. Le bouchon à vis servait de mini-tasse, pour que tout le monde ait quelque chose. Mais la peur était encore pire que les privations. En fuite, ils ont été attaqués par des combattants de l’Etat islamique auxquels ils ont échappés de justesse. « J'ai vu les hommes de l’Etat islamique dans les montagnes », dit Delal. « Depuis, dès que je vois un homme barbu, je panique. »
 
Aide dans le camp de réfugiés
 
1-Irak_Nothilfe_Dohuk_Therapie_Foto-Ari-Jalal_EV4P6264.jpgDelal est l'une des quelque 6 600 enfants qui vivent dans les camps de réfugiés du nord de l'Irak. Ces enfants ont vécu de graves expériences traumatisantes et en souffrent énormément. Les collaborateurs de SOS Villages d'Enfants les aident à faire face à ce qu'ils ont vécu et à combattre eux-mêmes le traumatisme. Des volontaires locaux ont été spécialement formés pour aider efficacement les enfants et les jeunes. Ils ont montré à Delal et à trois de ses cousins différentes techniques pour réagir aux crises de panique et aux mauvais souvenirs, appelés "flashbacks", et comment endurer et contrôler leurs sentiments. « Ici, dans le camp, j'ai aussi appris que tous ceux qui portent une barbe ne sont pas automatiquement des criminels », dit Delal.
 
La peur dans le corps
 
2-Irak_Fluechtlinge_Dohuk_Kinder-im-Camp_Foto-Ari-Jalal_EV4P6445.jpgLorsque Wajdi* avait neuf ans, il a été poursuivi par des combattants qui avaient tué son oncle. Lorsque le garçon est arrivé au camp de réfugiés, il souffrait de douleurs intenses dans tout le corps et ne pouvait plus bouger ses membres. Trois médecins différents n'ont trouvé aucune raison physique - le déclencheur était le traumatisme que le garçon avait subi. « La douleur revenait souvent », dit Wajidi, « mais aujourd'hui c’est plus rare. Quand ça recommence, je tends la main et j'imagine mettre mes pensées sur ma main. Puis je ferme lentement ma main et laisse les pensées disparaître en elle, comme un magicien. » Les parents de Waidi ont également participé aux cours et ont appris à comprendre et à soutenir leur enfant.
 
Eteignez les images dans votre tête
 
Avec la "technologie télévisuelle", Berham*, treize ans, parvient à éteindre l'image qui le hante toujours, même quatre ans après avoir fui son village : un enfant qu'il a vu par la porte d'une maison en feu dans la tourmente de l'évasion. Chaque fois que ce souvenir terrible surgit en lui, il imagine que sa main est une télévision dans laquelle il voit la scène. Ensuite, il passe l'appareil imaginaire à un autre programme et se souvient d’images positives : quand lui et sa famille sont arrivés vivants au camp et que des jouets ont été distribués aux enfants.
 
Le Centre SOS comme point de contact
 
3-Irak_Fluechtlinge_Dohuk_Kinder-Therapie_Foto-Ari-Jalal_EV4P6517.jpgQuand Delal n'est pas à l'école, elle aime venir avec ses cousins à la garderie que SOS a mise en place dans le camp de réfugiés. Il y a de nombreuses possibilités d'apprentissage et de loisirs. Les techniques de prise en charge des traumatismes sont également régulièrement pratiquées de manière ludique. En plus de leurs expériences, des enfants comme Wajdi, Delal ou Berham ont aussi quelque chose en commun : ils veulent tous travailler comme médecins et aider les autres plus tard.
 
N'hésitez pas à soutenir ce projet.


*Les noms des enfants ont été modifiés pour protéger leur vie privée
Crédit photo: Ari Jalal

 
Traduit de l’allemand