Le voyage de Miriam

Publié le : 18-06-2019

Au Liban, notre centre de formation a ouvert ses portes et est en pleine activité. Ce centre propose des cours de compétences de vie, une initiation à l’informatique, un enseignement de base combiné à un soutien psychosocial ou une formation professionnelle pratique à des enfants et jeunes réfugiés syriens ou issus des familles libanaises affectées par la crise syrienne.
 
Miriam est arrivée au Liban en tant que réfugiée syrienne en 2012 avec ses parents et ses frères et sœurs. Elle avait 11 ans à l'époque. Un an plus tard, son père trouva un époux pour sa sœur qui, pour échapper à ce mariage arrangé, s’enfuit de la maison. Son père, qui avait donné sa parole à cet homme, lui offrit donc Miriam, en guise de compensation et d’excuses pour cet incident. Et voici comment, à l'âge de 13 ans, Miriam devint mère d'un garçon puis, l'année suivante, mère de deux enfants.
 
«2015 a été l'année qui a marqué ma vie : je suis devenue mère célibataire après le décès de mon mari (qui travaillait comme électricien), alors qu'il réparait un dysfonctionnement électrique. »
 
«Ma plus grande crainte était pour mes enfants, je ne voulais pas qu'ils me soient enlevés, je luttais pour les faire vivre avec ma famille et moi. J'ai gagné cette bataille et une autre lutte a commencé. Mes parents n'étaient pas capables de subvenir aux besoins essentiels de mes enfants et j'ai été obligée de trouver une solution mais je n'avais aucune lueur d'espoir. J'ai ensuite commencé à recevoir des allocations de nourriture et de carburant de l’UNHCR, mais mes parents les prenaient pour subvenir à nos besoins. »
 
«J'ai donc proposé de travailler avec mon père dans les champs et il a accepté que je puisse garder l'argent que je gagne pour moi-même. Mon rêve était d’acheter à mes enfants un jouet avec lequel ils puissent jouer. »
 
«J’ai alors appris l’existence de votre centre de formation professionnelle et d’apprentissage en ligne. La première réaction de mes parents a été que d’aucune façon je ne serais autorisée à me rendre au centre, étant considérée comme une veuve». Il était donc temps pour elle de se défendre et de dire NON pour la première fois de sa vie.
 
Miriam a essayé de retenir ses larmes, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher, «j'ai beaucoup souffert pendant ces 18 ans», «je me sens responsable de ces deux âmes que j'ai mises au monde, elles sont encore très jeunes et vivent sans père».
 
«Ces séances de groupe de femmes me donnent l’occasion d’exprimer mon chagrin. J’aime beaucoup assister à ces séances car ça me soulage d’écouter les expériences de vie d’autres femmes et de partager mon histoire au sein de ce cercle de confiance que nous avons créé avec notre formatrice. Cela me permet de me sentir plus forte, cela me donne également des astuces pour gérer mes enfants et m'enseigne des techniques pour écouter et communiquer avec les autres, ainsi que pour mettre des limites à toutes les choses et personnes qui me bouleversent. »
 
Miriam s’est également inscrite au programme de formation professionnelle. Elle a choisi d'apprendre la couture en pensant que, lorsqu'elle pourra réparer ou confectionner des vêtements, elle sera également en mesure d'augmenter son revenu et d'accéder à une vie meilleure, pour elle-même ainsi que pour ses enfants.