Mozambique : des collègues SOS témoignent depuis Beira !

Publié le : 02-04-2019

Près de trois semaines après le passage du cyclone Idai en Afrique australe, le bilan humain ne cesse de s’alourdir au Mozambique comme dans les pays voisins. On dénombre plus de 500 morts, 146.000 personnes déplacées et 1,85 million de personnes touchées par la catastrophe. 110.000 habitations seraient détruites ou fortement endommagées et 700.000 hectares de culture auraient été balayés par les eaux. Les besoins sont énormes à tous les niveaux (abri, eau potable, nourriture, médicaments…) et il y a urgence à délivrer des soins de santé alors que maladies hydriques et maladies contagieuses (plus de 1.000 cas de choléra recensés) se propagent rapidement. Une vaste campagne de vaccination contre le choléra doit démarrer cette semaine. Par ailleurs, alors que plus de 3.300 classes ont été détruites et que de nombreuses écoles servent toujours d’abris d’urgence aux sinistrés (en attendant leur installation dans des centres communautaires), plus de 150.000 élèves ne pouvaient toujours pas reprendre les cours.

« Beaucoup de temps et un travail collectif pour reconstruire et se relever »
Du côté de SOS Villages d’Enfants, l’équipe d’urgence déployée à Beira poursuit l’évaluation des besoins de plus de 150 familles avec 600 enfants bénéficiaires de programmes SOS de renforcement familial mais aussi de nombreuses autres familles de la communauté. Au Village SOS où électricité et accès à l’eau potable restent des défis, les enfants se sont fort heureusement relevés avec une impressionnante rapidité mais l’équipe SOS reste sous le choc. « Toutes les mères SOS ont un logement et une famille et, comme tout le monde, elles ont fait l’expérience de la perte. Elles souffrent beaucoup. Alors qu’elles étaient au Village SOS où elles protégeaient les enfants, leurs propres enfants et familles étaient dans leurs maisons dont beaucoup ont été détruites. C’est important pour nous de voir comment les aider dans la reconstruction. Cela ne concerne pas seulement des mères mais l’ensemble de l’équipe, chacun ayant été touché d’une façon ou d’une autre » explique Teresa Ngigi, consultante en santé mentale et en soutien psychosocial et membre de l’équipe d’urgence SOS à Beira, lors d’un échange en compagnie d’Aílton Muchave, directeur des programmes de SOS Mozambique, avec des collègues de SOS International.

Dans quelles conditions vivent les familles bénéficiaires des programmes de renforcement des familles que vous avez rencontrées ?
Teresa Ngigi : Toutes ont été touchées par le cyclone. Leurs habitations sont complètement détruites. Beaucoup vivent dans des camps ou des écoles. Nous en avons visité une où s’entassaient environ 250 personnes. Les conditions sont vraiment difficiles. Les personnes sont angoissées et agitées. Nous devons mettre au point une stratégie pour soutenir les familles de nos programmes de renforcement familial. Nous devons les aider à reconstruire leurs habitations et retrouver leur foyer. Les abris que nous avons visités sont surpeuplés. Il y a beaucoup d’eau stagnante, terrain de prolifération des moustiques. Il n’y a pas assez de toilettes ni de systèmes d’évacuation efficaces, les personnes sont obligées de faire leurs besoins en plein air, ce qui augmente le risque de maladies et d’infections, et elles ne disposent pas d’installations de purification de l’eau.

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Quelles sont les conditions sanitaires ?
Teresa Ngigi : Elles sont assez graves et il est difficile de répondre aux besoins. Un seul des hôpitaux de Beira fonctionne. Les gens souffrent car il n’y a pas suffisamment de traitements contre la malaria, le choléra... Et la situation n’est pas prête de s’améliorer. Il faut acheminer médicaments et équipements et reconstruire les installations médicales.

Deux semaines après la catastrophe, quelle est la situation à Beira ?
Aílton Muchave : La situation est bien pire que ce qui avait été imaginé. Il faut non seulement aider les personnes à se relever mais établir une stratégie pour reconstruire ce qui a été détruit. Le trauma est grand parmi les personnes, cela demandera du temps et un travail collectif (humanitaires, gouvernement, communauté…).

Que peut faire SOS Villages d’Enfants pour aider ?
Aílton Muchave : Pour l’heure, nous avons identifié trois domaines d’intervention. Certaines écoles primaires et secondaires sont utilisées comme abris. Le gouvernement doit réinstaller les personnes déplacées pour pouvoir rouvrir les écoles. Nous travaillons avec des partenaires pour l’ouverture d’espaces amis des enfants. Nous planifions aussi de distribuer des colis alimentaires pour les familles qui ont des difficultés à accéder aux centres de distribution. Quant aux enfants, ils ont un grand besoin de matériel scolaire parce que beaucoup ont perdu foyer et école. Nous allons essayer de leur apporter ces fournitures pour qu’ils puissent retourner en classe aussi vite que possible.

Voyez-vous des signes d’espoir dans cette situation tragique ?
Teresa Ngigi : Nous avons vu des enfants jouer dans l’enceinte d’une école détruite. C’est vraiment une bonne chose, cela montre qu’il y a de l’espoir. Je suis impressionnée par la résilience des gens. Certains installent des petits kiosques pour vendre des petites choses. C’est le signe qu’ils veulent s’en sortir. La volonté est là mais ils ont besoin d’un grand soutien.

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