Les enfants syriens en souffrance depuis 2011

Publié le : 15-03-2019

Le 15 mars marque douloureusement le début de la guerre en Syrie. Alors que conflits, exactions et privations continuent, SOS Villages d’Enfants Syrie reste engagée pour prendre en charge les enfants, réunifier les familles et apporter un soutien éducatif et psychosocial.

Même si la Syrie ne fait plus la Une des médias, la guerre entre pourtant dans sa neuvième année. Dans ce pays ravagé, la situation humanitaire est effroyable et les besoins des populations sont immenses. Après une année 2018 particulièrement meurtrière dans de nombreuses régions (Idlib, Afrin, Ghouta orientale, Deraa…), la violence sévit toujours début 2019, au nord du pays notamment. La poursuite des hostilités et un hiver extrême ont contraint des dizaines de milliers de personnes à se déplacer. 13,1 millions ont besoin d’une assistance humanitaire dont 6,2 millions de déplacés internes (on estime à 1,4 million le nombre de personnes retournées chez elles en 2018). 5,6 millions d’enfants et adolescents sont particulièrement vulnérables dans ce pays dévasté où on compte toujours plus d’enfants tués, d’enfants blessés, d’enfants traumatisés, d’enfants souffrant de troubles de santé mentale. Et près de 3 millions de jeunes sont déscolarisés ou sur le point de l’être.

L’intervention d’urgence de SOS Villages d’Enfants Syrie
Active depuis 1981, SOS Villages d’Enfants Syrie s’engage depuis le début de la guerre à protéger les enfants et aider les familles déplacées. En dépit des obstacles qui l’ont obligée à reformuler plusieurs fois ses interventions d’urgence, entre 2012 et 2018 elle a accueilli 12.000 enfants dans des espaces amis des enfants, pris en charge 648 enfants non accompagnés dans des centres d’accueil temporaires, réunifié 486 enfants avec leurs familles. Sur le plan éducatif, elle a soutenu 7.700 élèves et aidé 540 enfants qui travaillaient à reprendre le chemin de l’école. En 2018, aux portes de Damas, près de la Ghouta orientale qui a été le théâtre d’une violence inouïe, elle a ouvert un centre d’accueil pour des jeunes déplacés, souvent séparés de leurs familles et déscolarisés. Dans la ville martyre d’Alep, elle a participé à la reconstruction d’une école détruite par la guerre qui, en septembre 2018, a rouvert ses portes et peut accueillir 1.800 élèves.

 

Aujourd’hui, réorientant son aide vers un soutien durable, SOS Villages d’Enfants Syrie continue de mettre l’accent sur la prise en charge des enfants et la réunification des familles. « La réunification familiale, avec un investissement dans l’éducation et les soins de santé mentale, devrait être tout en haut de la liste des priorités en Syrie. Nous sommes engagés à dispenser un accompagnement sur le long terme qui doit aider à renforcer la résilience psychologique et économique des enfants, adolescents et familles meurtris par la guerre. En transférant notre intervention d’urgence à des programmes de développement, nous serons à même de toucher un plus grand nombre de personnes qui bénéficieront de programmes de renforcement familial ou d’une prise en charge dans des familles SOS » souligne Abdalla Elhadi, nouveau Directeur international pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Des centres d’accueil temporaires aux foyers en petits groupes
Après avoir pris en charge pendant des années des enfants non accompagnés ou séparés de leurs parents dans des centres d’accueil temporaires, SOS Villages d’Enfants Syrie accueillera désormais ces enfants en petits groupes dans des foyers jusqu’à ce qu’ils puissent être réunifiés avec leurs proches et, quand une prise en charge sur le long terme s’avèrera nécessaire, elle hébergera les enfants dans ses deux villages d’enfants à Damas.

Comme l’explique Teresa Ngigi, formatrice en santé mentale et en soutien psychosocial pour SOS Villages d’Enfants Syrie, « il y a un plan de sortie pour chaque enfant accueilli dans un de ces foyers, ce peut être dans un ou trois ans. Suivant un plan de développement établi, la recherche de la famille et la réunification sont menées de manière poussée pour ces enfants qui ont des familles biologiques. D’autres sont soutenus pendant une période de transition qu’ils soient en foyers, indépendants ou réintégrés dans la communauté. Parce que ces jeunes ont connu l’instabilité dans le passé, nous devons faire très attention à ce processus de transition pour ne pas les déstabiliser plus encore ».

Se concentrer sur la réunification familiale
« Les enfants ont besoin d’avoir des liens avec leur famille - même s’il s’agit de parents éloignés - parce qu’un enfant sans lien avec une famille peut être confronté à une crise d’identité. Les enfants n’ont alors pas de sentiment d’appartenance. (…) Une crise d’identité peut entraîner de l’agressivité ou un comportement néfaste pour l’enfant et pour les autres. (…) C’est pourquoi il est si important que SOS Villages d’Enfants continue d’investir dans la recherche des familles en Syrie » affirme Teresa Ngigi.

Rétablir le lien familial est en effet essentiel dans des situations d’extrême urgence comme c’est le cas en Syrie. Depuis 2017, SOS Villages d’Enfants Monde y appuie un programme qui contribue au processus de réunification d’enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles tout en renforçant la capacité des familles à prendre en charge leurs enfants dans un environnement sécurisé.

Ce programme a permis de réunifier 145 enfants non accompagnés hébergés jusque-là dans des centres d’accueil temporaires de SOS Villages d’Enfants Syrie avec leurs familles biologiques. Une fois réunifiées, ces 51 familles (avec 58 tuteurs) de Damas, Alep, Tartous et Lattaquié ont été soutenues et continuent de l’être pour la location d’un logement, l’achat de nourriture, de vêtements et l’éducation des enfants dont la grande majorité bénéficie d’un appui psychologique. Par ailleurs, 107 enfants ont pu être scolarisés et toutes les familles bénéficient d’une assurance santé. Enfin, conseils juridiques, séances de sensibilisation notamment en protection de l’enfant et en éducation parentale, activités sociales et récréatives ou encore cours de rattrapage sont proposés par le biais du programme. Début 2019, il se poursuit pour renforcer économiquement les familles et leur permettre de développer des activités génératrices de revenus.