Intervention d'urgence au Kurdistan irakien

Publié le : 28-01-2019

En Irak, où les défis de la reconstruction sont énormes, la situation humanitaire reste dramatique. 6,7 millions de personnes, soit environ 18% de la population, ont besoin d’une aide humanitaire et on estime à 2 millions le nombre d’Irakiens actuellement déplacés internes (la moitié depuis plus de trois ans) et à plus de 4 millions le nombre de retournés, surtout dans les gouvernorats de Ninive et d’Anbar.

C’est en septembre 2016 que SOS Villages d’Enfants a lancé une première aide d’urgence dans la région de Dohuk au Kurdistan irakien avec pour objectif d’aider les communautés yézidies déplacées à cause de la violence. Depuis 2014, ce sont en effet des milliers de Yézidis qui ont été contraints de quitter leur lieu de vie (les monts de Sinjar et les villages alentour) à cause de la présence de Daech et des violences perpétrées à leur encontre. Ce programme a permis de soutenir plus de 10.000 personnes. Il a notamment fait appel à la méthode « Teaching Recovery Techniques » créée pour des jeunes ayant fait l’expérience traumatique de la guerre. « Les symptômes d’environ 65% des enfants ont diminué et dans certains cas ont disparu » constatait en septembre dernier Luciana D’Abramo, responsable de l’aide d’urgence au sein du bureau régional MENA pour SOS Villages d’Enfants International.

De Dohuk à Erbil

En 2019, l’intervention d’urgence de SOS au Kurdistan irakien se poursuit alors que les besoins restent immenses en particulier dans les domaines de la santé mentale, de l’éducation et de la protection de l’enfant, ce que soulignait fin 2018 le responsable projet de SOS Villages d’Enfants Irak lors d’un entretien avec SOS Villages d’Enfants International. Il faisait un état des lieux. « En raison du conflit, de nombreuses familles sont toujours séparées de leurs proches et en état de choc » d’où le grand besoin de services en santé mentale d’autant que peu d’ONG proposent soutien psychologique et soutien social et que dans la région le nombre de professionnels en psychosocial est très limité. « Les camps de déplacés devaient accueillir des personnes pour un an avant qu’elles ne retournent chez elles. Mais les gens ne veulent pas rentrer, ils sont terrifiés, il y a un manque crucial de services au sein de leurs communautés et le risque de recrudescence de la violence est toujours présent ».

Le programme en bref

SI SOS continue à soutenir les déplacés de la région de Sinjar, l’association entend aussi développer le deuxième volet de son programme dans la région d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Il s’agit de soutenir des communautés arabes déplacées de Mossoul et qui vivent toujours dans des camps près d’Erbil. Dans deux camps où SOS a commencé à intervenir, il est prévu d’organiser des sessions de « Teaching Recovery Techniques » pour quelque 1.400 enfants de 8 à 18 ans et leur 800 parents ou tuteurs. Il s’agit de permettre aux jeunes de prendre conscience de leurs traumatismes et de les surmonter. Il est important d’impliquer les parents dans ce processus pour leur faire comprendre le comportement de leurs enfants afin de pouvoir leur répondre de manière efficace. Par ailleurs, des activités récréatives seront proposées aux jeunes au sein de ces lieux protecteurs que sont les Espaces Amis des Enfants (deux nouveaux espaces ouvrent leurs portes au sein de deux camps de déplacés) et un travail de proximité sera mené avec les jeunes vivant dans les camps pour les prévenir contre les nombreuses violences auxquelles ils sont exposés. Enfin, une cinquantaine d’enseignants travaillant dans les camps seront formés à différentes problématiques comme la protection de l’enfant, les droits de l’enfant, les méthodologies éducatives ou encore la discipline positive.

Teaching Recovery Techniques : l’expérience de Wajdi*

Wajdi, 13 ans, vit dans un camp de déplacés internes à Dohuk. A 9 ans, il a fui son village dans la région de Sinjar avec ses quatre frères et sœurs et ses parents, Daech ayant attaqué des villages alentour. Alors qu’ils s’éloignaient, des coups de feu ont retenti puis se sont rapprochés. L’oncle de Wajdi a été tué. En arrivant à Dohuk, Wajdi a ressenti une forte douleur dans tout le corps et ne pouvait plus bouger. Ses parents l’ont conduit chez trois docteurs qui tous trois n’ont diagnostiqué aucune maladie ! « La plupart du temps, je sentais une douleur partout dans mon corps. Maintenant beaucoup moins et quand cela arrive, j’utilise la technique de la main et de l’espace » explique l’adolescent. C’est une technique de reconstruction psychologique que Wajdi a appris lors des séances de « Teaching Recovery Techniques » (TRT) proposées par SOS Villages d’Enfants. Il s’agit de mettre les souvenirs douloureux dans une main et de les faire disparaître lentement quand la main se ferme. Les parents de Wajdi ont également suivi des séances de TRT qui les ont aidés à mieux comprendre les comportements de leur fils et de savoir comment le soutenir quand les angoisses réapparaissent. Wajdi est aujourd’hui en 6e année. Il aime l’arabe et l’anglais et rêve de devenir docteur !

*le prénom a été changé pour des raisons de protection.

Photo : Ari Jalal